Comme la liberté, la justice peut être prise dans deux sens différents.
Il y a d'abord la justice distributive. C'est peut-être celle qui vient le plus naturellement à l'esprit. Elle consiste en une juste répartition de la richesse. Est "juste" un monde où chacun reçoit selon ses besoins ou son mérite. Personne n'est laissé pour compte, négligé, abandonné sans ressources dans des conditions extrêmes. C'est un idéal de distribution de la richesse, comme son nom l'indique.
Mais il existe un autre sens, entièrement négatif. C'est celui qu'on a en tête lorsqu'on accuse quelqu'un de tricher. Il y avait des règles, mais le tricheur ne les a pas respectées. On dit alors qu'il s'est comporté de manière injuste.
Ce deuxième sens, négatif, est lié à la notion de Rule of Law.
La justice est alors comprise comme un ensemble de règles qu'on accepte (ou qu'on refuse) à l'avance. "À l'avance" est la partie importante de cette définition. Les règles en elles-mêmes ne sont ni justes ni injustes. Elles peuvent être fantaisistes. Ce qui importe, c'est qu'elles soient connues et acceptées à l'avance. Si c'est le cas, nous sommes prêts à accepter le résultat du jeu, que nous gagnions ou que nous perdions.
Cette seconde conception de la justice est libertarienne.
La mauvaise nouvelle, c'est que les deux conceptions ne sont pas compatibles. Le monde est si complexe que si vous visez un résultat défini, comme une juste répartition des richesses selon le besoin ou le mérite, vous ne pourrez pas à l'avance en établir les règles. Pour obtenir le résultat souhaité, vous serez obligé de "naviguer à vue", créer des exceptions, changer ou contourner les règles en permanence.
C'est ce qu'on observe dans les systèmes socialistes. Pour que tel groupe d'individus obtienne la rémunération qui paraît juste, on crée une exception, on contourne ou on change les règles. Un tel pouvoir discrétionnaire, au point de vue libertarien, est injuste.